L’AVIS DES INSPECTEURS EN BÂTIMENTS

Entre 250 000 et 300 000 propriétés résidentielles au Canada contiennent toujours de l’amiante, selon le président de l’Association des inspecteurs en bâtiments du Québec, Pascal Parent. Une réalité à ne pas négliger

EST-CE QUE L’AMIANTE DOIT INQUIÉTER LES GENS ?

Sa présence dans les isolants n’est pas mauvaise, car elle offre un bon degré de résistant thermique, mais ça devient problématique si elle se retrouve dans l’air. Au Canada, dans le domaine résidentiel, ce n’est pas obligatoire de faire décontaminer une propriété qui contient de l’amiante. Mais quand on inspecte une maison et qu’on trouve de l’amiante dans la vermiculite, on recommande aux acheteurs de faire analyser sa concentration. On prélève des échantillons à trois endroits et il faut que le résultat d’analyse soit inférieur à 0,01 % pour être sans crainte. S’il y a contamination, les clients peuvent décider d’acheter la maison ou non, et de la faire décontaminer ou non

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COMMENT PRÉVENIR LES DANGERS POTENTIELS DURANT LES RÉNOVATIONS ?

Un entrepreneur qui travaille dans une maison contenant potentiellement de l’amiante va vérifier s’il en trouve, demander une analyse et, si les résultats démontrent une contamination, exiger une décontamination avant de procéder aux travaux. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail l’exige. Dans une petite maison standard, la décontamination coûte 10 000 $ en moyenne

EST-CE QUE LES GENS FONT FAIRE PLUS DE VÉRIFICATIONS QU’AVANT ?

Ça dépend. Les clients de 60 ans et plus sont moins portés à demander un test pour trouver de l’amiante, mais les plus jeunes font presque systématiquement vérifier ça avant d’acheter.

FAUT-IL CRAINDRE D’ACHETER LES MAISONS CONSTRUITES ENTRE 1940 ET 1980 ?

Si l’inspection est bien faite, il ne faut pas avoir peur. Les inspecteurs savent tous reconnaître l’amiante. C’est facile à détecter. Alors, quand on en trouve, on fait décontaminer.

SI ON DÉCOUVRE DE L’AMIANTE APRÈS AVOIR ACHETÉ UNE MAISON, EST-CE QUE C’EST CONSIDÉRÉ COMME UN VICE CACHÉ ?

Si l’amiante n’affecte pas l’air ambiant, elle ne cause pas de préjudice au bâtiment. Ce n’est pas illégal d’avoir de l’amiante dans une propriété résidentielle et aucune loi n’exige la décontamination des propriétés qui en contiennent. Donc, si l’acheteur n’a pas été informé de la présence d’amiante, il n’a pas de recours en justice. Cela dit, ce n’est pas tout le monde qui est prêt à vivre dans une maison avec de l’amiante. Certains clients partent quasiment en courant quand ils l’apprennent, alors que d’autres ne sont pas inquiétés du tout.

SI DE L’AMIANTE EST LIBÉRÉE PENDANT DES TRAVAUX, COMMENT S’Y PRENDRE POUR TOUT NETTOYER?

Les inspecteurs en bâtiment et le gouvernement du Canada parlent d’une même voix : si des occupants vaquent eux-mêmes à la phase de démolition, en ignorant la présence d’amiante, et que des particules d’amiante se retrouvent dans l’air, il y a un risque de contamination tant et aussi longtemps que des experts n’ont pas été engagés pour effectuer la décontamination. Un ménage appliqué ne suffit pas. Quand une décontamination est nécessaire, les spécialistes utilisent des vêtements de protection et doivent suivre un protocole de plusieurs étapes très strictes. Quand ils croient avoir terminé, ils refont des tests de qualité de l’air. Et si des traces d’amiante sont encore présentes, ils doivent refaire une recherche méticuleuse et poursuivre la décontamination.

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LES SECTEURS LES PLUS À RISQUE

Les vieux arrondissements comme Outremont, Villeray, Ahuntsic, Côte-des-Neiges, le Plateau-Mont-Royal, Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont–La Petite-Patrie comptent de nombreuses propriétés construites pendant les « années de l’amiante ». Et la ville de Westmount n’est pas en reste.

Pour les projets de rénovation de logements sociaux (programme Accès-logis), la Ville de Montréal exige que la présence d’amiante soit d’abord documentée et que tout matériau contenant de l’amiante soit retiré lors des travaux de rénovation. Ces travaux doivent respecter les règles strictes imposées par la CNESST qui encadrent autant l’enlèvement que l’entreposage des déchets. « Pour les demandes de subvention à la rénovation, la Ville émet un avis au propriétaire qu’il est de sa responsabilité de faire la vérification de la présence d’amiante », explique Jules Chamberland, relationniste à la Ville de Montréal.

LE CAS DE WESTMOUNT

Depuis deux ans, la Ville de Westmount exige un rapport d’analyse sur la présence potentielle d’amiante pour toutes les propriétés construites avant 1990, avant d’accorder un permis de rénovations. Sauf dans les cas où les demandeurs peuvent prouver que les espaces où les travaux seront faits ont déjà été testés et rénovés.

« Comme notre parc résidentiel est ancien, la découverte d’amiante est plus probable lors des projets de rénovations intérieures que dans d’autres centres urbains. On est plus stricts que les standards minimaux afin de protéger nos inspecteurs, les travailleurs et les occupants. »

– Tom Flies, directeur du service de l’aménagement urbain de la Ville de Westmount

Une situation qui ne plaît pas à tous les citoyens. « On est conscient que l’analyse ajoute des coûts à la demande et que cela dérange certaines personnes, mais au final, on veut protéger les gens », explique M. Flies.

Par la force des choses, les problèmes d’amiante ne peuvent que diminuer. « Avec le temps, les gens font des travaux et enlèvent les traces d’amiante problématiques, alors c’est un souci de moins en moins présent. »

Source : La Presse – Samuel Larochelle